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Depuis sa création comme jeune
équipe, le Laboratoire de changement social de lUniversité
Paris 7 a développé un programme de recherche
en s'appuyant d'une part sur des recherches de terrain, d'autre
part sur des groupes de réflexion collectifs sous la
forme de séminaires ou workshops.
Les recherches empiriques ont conduit les chercheurs sur différents
terrains, dans des entreprises publiques et privées
et dans différentes institutions sociales, sanitaires,
judiciaires et culturelles. Par ailleurs, nous avons organisé
une vingtaine de groupes d'implication et de recherche rassemblant
environ 300 personnes en France et à l'étranger
autour de différents thèmes concernant le rapport
à l'argent, à l'insertion professionnelle, à
l'idéalité et à la honte. Une dizaine
de contrat de recherche ont été menés
en collaboration avec la MIRE, la CAF, le Ministère
du travail, le Louvre, le CNRS et le Ministère de la
culture. Ces différentes activités ont permis
d'insérer de jeunes chercheurs, français et
étrangers, afin de favoriser leur formation et leur
intégration dans le milieu de la recherche. Quinze
d'entre eux ont soutenu leur thèse depuis 4 ans et
quatre autres leur habilitation à diriger des recherches.
Nous comptons actuellement 21 doctorants. Nous participons
également aux activités de l'École doctorale
ESEC : Espace, Société, Économie et Civilisation,
ainsi qu'aux enseignements de troisième cycle dans
le cadre du DEA de sociologie du pouvoir et du DESS Théories
et pratiques de l'intervention.
Les différents travaux du laboratoire ont fait l'objet
de nombreuses publications, une quinzaine d'ouvrages, la participation
à vingt-cinq ouvrages collectifs, une cinquantaine
d'articles dont vingt publiés dans des revues à
comité de lecture en France et à l'étranger.
Le LCS a un rôle important dans le développement
d'une réflexion épistémologique, théorique
et méthodologique autour de l'approche clinique en
sociologie. Reconnu comme Comité de Recherche par l'Association
Internationale de Sociologie (AIS) et par l'Association Internationale
des Sociologues de Langue Française (AISLF), nous avons
joué un rôle actif dans l'organisation des rencontres
annuelles de ces deux comités et avons contribué
à la publication d'articles et d'ouvrages faisant l'objet
d'une collaboration internationale. Un numéro d'International
Sociology est entièrement consacré sous notre
direction à la sociologie clinique.
Depuis 1996, nous avons publié 7 numéros des
cahiers du Laboratoire de Changement Social qui rendent compte
de nos travaux, de la confrontation entre différents
courants de la sociologie, ainsi que de rencontres organisées
dans le cadre d'un séminaire interne du laboratoire
sur le thème ''Histoires de vie et choix théoriques''.
Cette initiative a un double objectif : d'abord inviter des
chercheurs confirmés à réfléchir
sur les liens entre leur trajectoire sociale, leur histoire
familiale, leurs options disciplinaires et le choix de leurs
objets de recherche ou de leurs terrains ; puis contribuer
à l'histoire de la sociologie à travers les
témoignages d'un certain nombre de ses représentants.
Équipe homogène et diversifiée, le Laboratoire
accueille des chercheurs de disciplines autres que la sociologie
(philosophie, histoire, psychologie, économie, anthropologie,
sciences politiques, sciences de l'éducation) qui s'intéressent
en particulier à l'approche clinique en sciences sociales.
Ces différentes activités,
en France et à l'étranger ont permis de constituer
un réseau de chercheurs dynamique qui se traduit par
des échanges inter-universitaires actifs avec une quinzaine
de pays (invitations, conférences, accueil de doctorants
et de post-doctorants, programmes de recherche communs, publications
)
Le projet du Laboratoire est de mettre en évidence
la place du sujet (individuel et collectif) dans le changement
social : d'une part sujet créateur, agent d'historicité
et d'autre part sujet des transformations sociales.
L'équipe se réfère à une double
orientation : d'une part les théories et méthodes
de l'approche clinique en sciences humaines, supposant une
co-construction du sens avec les acteurs concernés
par les phénomènes étudiés, et
d'autre part les théories et méthodes de la
sociologie d'orientation critique, en référence
en particulier à la tradition de l'émancipation
de la philosophie morale et politique. La confrontation de
ces deux orientations, différentes et en tension, permet
de prendre en compte tant le sujet psychique que le sujet
social-historique, d'élaborer des liens entre ce que
le Collège de Sociologie avait autrefois nommé
L'être de l'homme et l'être de la société.
La sociologie du pouvoir et la sociologie des sentiments sont
deux domaines explorés et approfondis dans les différents
travaux du laboratoire. Elles ont permis de tisser des liens
privilégiés avec d'autres laboratoires, en particulier
de Paris 7.
Le pouvoir, et de façon plus large les rapports sociaux
de domination et de soumission, sont appréhendés
dans les rapports entre classes sociales, entre sexes, entre
cultures différentes, entre groupes à l'intérieur
d'organisation et institutions. Cette conception du pouvoir
permet d'examiner les conduites de résistance et de
défenses qui peuvent être élaborées
contre ces changements, dans leurs soubassements économiques,
politiques et psychiques. L'attention aux phénomènes
de pouvoir suppose aussi l'analyse des conflits (d'intérêts,
de sentiments, de visions du monde) dans une société
différenciée et inégalitaire. Enfin,
cette perspective prend en compte la façon dont la
réalité sociale est construite et se trouve
représentée. D'où l'intérêt
pour l'étude des imaginaires sociaux et de la sociologie
de la connaissance.
L'analyse des sentiments et des murs (thème qui
était tombé en désuétude dans
les milieux scientifiques et qui retrouve sa place aujourd'hui),
est inscrite dans une lignée qui va de Lévy
Bruhl à Elias, en passant par Mauss, Simmel et Gurvitch.
Cette sociologie s'intéresse aux modes de vie les plus
concrets, aux normes structurant les pratiques sociales, à
l'expression des émotions, aux sentiments sociaux et
aux passions collectives. En effet, chaque société,
à un certain moment de son évolution, présente
une manière typique de définir et d'accepter
les modes d'être, les mythes et les rituels collectifs.
Les thématiques de recherche sur lesquelles travaille
l'équipe du Laboratoire peuvent être caractérisées
selon trois axes, explorés pour eux-mêmes ou
dans leur articulation.
1- Sentiments sociaux et passions
collectives
Le Laboratoire de changement social
porte une attention à la manière dont les acteurs
vivent les processus de changement. Ces processus s'expriment,
plus ou moins directement, dans des modes d'instruction, d'éducation
et de formation qui ont pour objet de façonner les
identités individuelles et collectives. Les acteurs
sociaux ne sont pas des sujets passifs se contentant d'incorporer
des habitus. Ils ont des conduites différenciées,
auxquelles ils donnent un sens, ils élaborent des normes
et se définissent par rapport à celles qui existent,
ils pensent leurs actions, ils éprouvent des sentiments
et souvent même des passions collectives.
Aussi des phénomènes comme la reconnaissance,
le respect, la considération, le mépris, l'amour,
la haine, l'envie, la révolte
apparaissent comme
des indicateurs forts du type de relation qui s'établit
dans la société.
2- Enjeux culturels du changement
social
La culture trouve sa première
expression symbolique dans les modes de vie, qui permettent
d'analyser dans leurs dissemblances et dans leurs ressemblances
divers groupes sociaux (groupes régionaux, ethniques,
organisationnels
). L'étude de ces cultures ou
de ces micro-cultures (au sens anthropologique du terme) a
pour ambition de montrer leurs spécificités
comme leur mode d'articulation (processus d'acculturation,
de déculturation, de repli communautaire
) et
les stratégies variées qu'elles utilisent pour
affirmer leur identité ou pour s'en défaire.
La culture s'énonce également dans des discours
déclaratifs (Passeron), dans des idéologies,
dans des doctrines visant à fournir un sens collectif
aux acteurs sociaux, en ayant ainsi une fonction de réassurance
et de rassemblement. Nous avons étudié à
différentes reprises certaines idéologies significatives
de notre temps, telles que les idéologies managériales.
Enfin la culture n'existe pas sans un corpus d'uvres
: la création et la réception esthétique,
l'édification d'un savoir collectif sont analysées
dans leur rapport aux mutations sociales.
Ainsi, l'exploration des phénomènes culturels
est-elle associée à l'analyse des phénomènes
sociaux.
3- Conflits, crises et processus
de régulation
En se référant aux théories de la régulation,
le Laboratoire se situe au-delà d'une perspective structuro-fonctionnaliste,
dans une conception procédurale de la régulation,
de ce qui peut permettre de maintenir dans une même
société des éléments en contradiction,
en tension, en conflit. Aussi, la régulation est-elle
appréhendée comme l'un des choix de sociétés
possibles, toujours provisoire et négocié, dans
des situations de mutation, de crises violentes ou latentes.
Ces modes de régulation sociale sont étudiés
à deux niveau :
* celui de la société
globale : les politiques sociales, les politiques de la ville,
les modes de partage réels et symboliques, les normes
de justice sociale, l'évolution du sentiment national,
les mécanismes d'exclusion sociale, les mouvements
sociaux de revendication ou de contestation, ont ainsi été
l'objet de plusieurs analyses depuis la fondation du Laboratoire
et continuent de l'être.
* celui des institutions, des organisations,
des groupes : de nombreuses recherches et diverses interventions
ont été menées, dans des entreprises,
des administrations, des hôpitaux, des écoles,
des prisons
Elles ont permis d'étudier in situ
des crises et des changements micro-sociaux et d'affiner la
théorie des organisations. Elles seront poursuivies
et amplifiées.
Les méthodologies développées au sein
du LCS ne sont pas définies a priori mais dépendent
des objets de recherche, tout en étant toujours étayées
par des démarches empiriques. L'équipe a en
effet fait sien le principe de mettre la théorie à
l'épreuve des faits. Elle entend donc continuer à
lier théorie et pratique, recherche et intervention,
et à analyser l'articulation entre les processus psychiques
et les processus sociaux.
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