L’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP-EAP) et le Laboratoire de Changement Social de l’Université Paris 7 organisent un colloque sur le thème : « L’ individu hypermoderne ».
Ce colloque se tiendra à Paris, du 8 au 11 septembre 2003 et, éventuellement, le 12 au matin.
Il est organisé sous les auspices de L’Association Internationale de Sociologie (Comité de Recherche 46), de L’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (Comité de Recherche 19), et du réseau thématique « Sociologie Clinique » de l’Association Française de Sociologie.
Ce colloque rassemblera des spécialistes de plusieurs disciplines : sociologie, philosophie, psychologie et psychanalyse, sciences de gestion.

Comité organisateur :
 
   
 
  • Nicole Aubert, professeur à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP-EAP)
  • Vincent de Gaulejac, professeur à l’Université Paris 7
  • Claudine Haroche, Directeur de Recherches au CNRS
  • François Ascher, Professeur à l’Université Paris 8
  • Elisabeth Tissier-Desbordes, professeur à l’ESCP-EAP
   
   
Avec la participation, en séances plénières, de :
 
   
 
Paul-Laurent Assoun, philosophe et psychanalyste (Paris 7), Georges Balandier, anthropologue et sociologue (Sorbonne et EHESS), Jacqueline Barus-Michel, psychosociologue (Paris 7), Raymond Boudon, sociologue (Sorbonne, Paris 4), Robert Castel, sociologue (EHESS), Jean Cournut, psychiatre et psychanalyste (SPP, AIP), Bernard Cova, sociologue de la consommation (ESCP-EAP), Alain Ehrenberg, sociologue (CNRS), Eugène Enriquez, sociologue (Paris 7), Marcel Gauchet, philosophe et historien (EHESS), Francis Jauréguiberry, sociologue (CNRS et Université de Pau), Zaki Laïdi, politologue (CNRS et IEP Paris), Ezio Manzini, philosophe de l’objet (Milan Polytechnic), Max Pagès, psychologue (Paris 7), Jacques Rhéaume, psychosociologue, (UQAM), François de Singly, sociologue (Sorbonne Paris 5), Bernard Stiegler, philosophe, (IRCAM et Université technologique de Compiègne)
   
   
« L’INDIVIDU HYPERMODERNE »
 
   
 

S’interroger sur les caractéristiques ou la problématique d’un individu contemporain « hypermoderne » implique l’idée d’augmentation, d’excès, d’intensité. Cette idée renverrait à une notion de Modernité exacerbée, dont la complexité et la multiplicité de facettes définiraient des individus profondément différents de ceux qui les ont précédés. La personnalité contemporaine, « hypermoderne », se distinguerait des modes de personnalité qui l’avaient précédée : personnalité traditionnelle et personnalité moderne. La première, correspondant aux mondes sociaux d’avant l’individualisme, s’était constituée par incorporation des normes collectives, tandis que pour la personnalité moderne, qui lui succédait et correspondait peu ou prou à l’individu « classique » des XVIIIe et XIXe siècles, les notions de conscience, de responsabilité, et d’intériorisation de ce qui est reçu de la société venaient au premier plan. La personnalité contemporaine, elle, serait caractérisée par un effacement de cette « structuration par l’appartenance » et se présenterait comme un individu « déconnecté symboliquement et cognitivement du point de vue du tout » et pour lequel « il n’y a plus de sens à se placer au point de vue de l’ensemble »1

Il faudrait montrer comment cette personnalité contemporaine s’inscrit dans l’univers de la mondialisation économique, de plus en plus dominé par les lois du Marché. La société dans laquelle elle évolue est celle de la satisfaction immédiate, de « l’éclatement des limites », celle d’un Temps mondial qui s’accélère et se compresse, mettant au premier plan les notions d’instantanéité, d’immédiateté, d’urgence, d’événement. Une société dans laquelle la notion de sens, souvent cantonnée à l’instant et au moment présent, ne semble plus guère trouver d’autre référent commun que celui du « risque partagé ».

Dans ce contexte où l’adhésion se fait plus à soi-même qu’à une cause et où l’individu, devenu avant tout un consommateur, aussi bien de produits que de sens ou de « soi » (auto-réflexivité permanente), doit aussi lutter pour son existence sociale, on assiste à une recomposition de l’identité personnelle, à la fois renforcée et fragilisée, au renouvellement des profils psychologiques, à l’émergence de nouveaux types de pathologies, à une hypercompétitivité permanente et à un rapport au temps inédit.

Ce sont de ces mutations que ce colloque entreprend de rendre compte, en explorant toutes les facettes qui contribuent à tracer le portrait de cet individu, produit et producteur de la société « hypermoderne » .

   
   
THEMES DES SESSIONS DU COLLOQUE
 
 

 

I/ Généalogie de l’individu hypermoderne :

  • Genèse, significations et métamorphoses des catégories et processus permettant de « penser »l’individu:
    • de la notion de « Personne » à celle d’ « Individu »
    • l’évolution des concepts fondateurs et explicatifs : le Moi, le Sujet, l’Identité, la Singularité
  • Quelle vision de l’individu chez les penseurs de la modernité (Simmel, Mauss, Taylor, Elias, Beck…) ?


II/ La société « hypermoderne » :
hypercompétitivité et « rétrecissement » du temps

  • Hyper-compétitivité , flexibilité, mobilité: quelles conséquences ?
  • Généralisation ou disparition du projet ?
  • Instantanéité/urgence/zapping/ ubiquité : les nouvelles catégories du temps, les nouveaux modes de comportement face au temps


III/ Hype
rconsommation, hyperréalité, hypermodernité

  • Diversification ou homogénéisation des comportements ?
  • Désir et consommation :
    • Quelles nouvelles formes de consommation (sport, arts, religion…etc.) ?
    • Les conséquences de l’extension à tous les domaines de la problématique de la consommation
  • La multiplication des formes de distribution et ses conséquences sur l’individu


IV/ L’individu dans tous ses états :
de la fragmentation des identités à l’interpellation du Sujet

  • L’identité comme lieu de cristallisation des contradictions sociales
  • Radicalisation des postures identitaires, fragmentation des identités
  • Du moi « flexible » aux sois « multiples »
  • Individu par excès/Individu par défaut
  • Les différentes facettes de l’individu « désaffilié »


V/ Les Pathologies de l’hypermodernité : quelles spécificités ?

  • Pathologies de la performance
  • Pathologies de l’insuffisance2 et pathologies de l’idéalité3
  • Pathologies de la non maîtrise
  • « Etats-limites » et problématique de la dépression
  • Pathologies du trop-plein, pathologies du vide4


VI/ Insignifiance, multiplication et recomposition du Sens

  • L’in-signifiance ou le sens réduit à « l’expansion indéfinie de la maîtrise »5
  • Erosion de la notion de « significations communes » au profit de celles de « risques partagés »
  • Y-a-t-il une perte du Récit ?
  • Perte du Sens et/ou « bricolage » du Sens ?
  • Quelles modalités de recréation de sens partagés ?

 

   
   
Les propositions de communication sont à envoyer avant le 18 Mars 2003 à :
 
   
 

Nicole Aubert, ESCP-EAP, 79 avenue de la République, 75011 PARIS,

sous forme d’un résumé de deux pages, rédigé en français ou en anglais.
En cas d’acceptation, le texte complet de la communication devra être envoyé à la même adresse avant le 10 juillet 2003
Le colloque fera l’objet d’un ouvrage.

Contact : hypermode@escp-eap.net

   
   
Dates importantes
 
 
     
18 Mars 2003 : Date limite pour l'envoi des propositions de communication
30 Mars 2003 : Réponse aux propositions
10 juillet 2003 : Date limite pour l’envoi des textes des communications
   
   
 
   
  1) Marcel Gauchet, Essai de psychologie contemporaine, Le Débat, mars-avril 1998.
2) Alain Ehrenberg, La fatigue d'être soi, Odile Jacob
3) Nicole Aubert, Vincent de Gaulejac, Le Coût de l'excellence, Le Seuil
4) Jean Cournut, L'ordinaire de la passion, PUF
5) Cornélius Castoriadis, La montée de l'insignifiance, Le Seuil